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"Premiers
rôles" (figures
du chef au cinéma) 2/2 |
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2. Spectacles...
de spectres |
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Du
prophète au père indigne, toutes les formes de l’autorité sont
déclinées, des plus vénérables aux plus avilissantes.
Reste à savoir comment le chef médiatise sa médiation.
Qu’elles soient légitimes ou non, son emprise ou sa domination
doivent en effet se manifester à ceux qu’il dirige, par des
représentations, des rituels et des relais. À quoi reconnaît-on
un chef ? Question de technique et de stratégie, qui regarde tout
particulièrement le cinéma, puisqu’elle se résume à ce
paradoxe : un art d’apparaître et de disparaître.. |
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SEQUENCE
12 : POLITIQUE DE L’APPARENCE
La Prise de pouvoir par Louis XIV, Roberto Rossellini (France, 1966) |
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Le roi Soleil vaut bien qu’on s’écarte
un moment du 7ème art, pour un détour du côté de
l’ORTF. C’est l’âge où la télévision
se pense encore comme service public, et où les auteurs font œuvre
de pédagogie. De fait, Rossellini conçoit son film comme
une leçon d’histoire, moins proche de l’épopée
que de la « conférence avec des diapositives » . Ce
parti pris d’une dramaturgie minimaliste ne répond pas seulement à un
souci de lisibilité. C’est aussi un choix politique, visant à raconter
la naissance de la monarchie absolue, sans jamais succomber à la
fascination. Exercice audacieux, dans la mesure où ce qui est
décrit, c’est justement l’invention d’un art
de gouverner par l’apparence. Afin d’éradiquer toute
tentation de fronde, Louis XIV imagine en effet un système inédit
de surveillance par captation des regards. Il fait de la mode un enjeu
de préséance, pour fixer l’argent et l’attention
des nobles sur un objet futile. Il donne lui-même l’exemple
de cette frivolité, pour être toujours au centre du système.
Et il ritualise à l’excès la vie de la cour, pour
contraindre et canaliser les comportements. Stratégie de diversion
du courtisan, à laquelle Rossellini répond par un refus
de divertir le téléspectateur-citoyen. Le soleil sera montré à hauteur
d’homme, comme un vulgaire tailleur mesurant étroitement
la dépendance de ses sujets : mieux vaut une métacommunication
ingrate et monotone, qu’une compromission avec les ruses du chef…
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SEQUENCE
13 : GRAND SPECTACLE
Cléopâtre, Joseph L. Mankiewics (États-Unis, 1963) |
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À Hollywood,
on prend moins de gants. Et puisque l’allure vaut gouvernance, le
cinéma choisit d’en mettre plein la vue. Apothéose
du grand spectacle, Cléopâtre déploie ses fastes :
ceux de Liz Taylor et du péplum, ceux des grands « hommes » et
du people (c’est le début de sa longue idylle avec Burton),
ceux de la politique et de Cinecitta. Une scène, gravée dans
toutes les mémoires (et notamment dans celle de Goscinny qui en
fera une savoureuse parodie), résume cet art cinématographique
et politique de l’hyperbole : l’entrée triomphale de
la Reine d’Égypte à Rome, juchée sur un gigantesque
sphinx tiré par des centaines d’esclaves. Outre la démesure
du décor et le nombre de figurants, c’est la durée
de la séquence qui en impose. Le chef est précédé par
sa propre renommée, dont les manifestations physiques sont toutes
stratégiques. Clameurs, cadence, musique, silence et suspens visent
un même objectif : conquérir le peuple pour mieux contraindre
le Sénat à s’incliner. Au cinéma comme dans
la Rome antique, le message, c’est le piédestal. |
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SEQUENCE
14 : SEDUCTION
L’Impératrice rouge, Joseph Von Sternberg (États-Unis,
1934) |
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Ce que Cléopâtre assène du haut d’une grue
télescopique, Von Sternberg le distille dans le frôlement
sensuel des corps et des œillades. Pour conquérir le pouvoir
et se métamorphoser en Catherine II, impératrice de toutes
les Russies, Sophia Frederica ne se sépare pas des hommes, elle
les attire. Véritable arme de séduction massive, Marlène
Dietrich s’avance dans les allées tortueuses et dissolues
de la cour du Tsar, et fait tomber un à un tous les hussards.
Elle n’a besoin d’autre technique que celle de l’érotisme.
La politique ici se résume à une chorégraphie des
attouchements et des regards. C’est que la courte focale a une
valeur stratégique : gouverner en alimentant une rivalité permanente
entre des sujets unis par une même flamme. Le chef ne se donne
pas à tous, dans la distance exposée d’une scène,
il se fait désirer dans la proximité d’une relation
privilégiée (Marlène passant en revue les officiers,
et arrachant les décorations de son favori, pour les agrafer sur
l’uniforme de son futur amant). Poème baroque et sulfureux,
le film est lui-même construit comme l’orchestration d’un
désir : celui que déclenche la star, simultanément
offerte et reprise par le fantasme et la photogénie.
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SEQUENCE
15 : LES DEUX CORPS DE LA REINE
La Vie privée d’Elizabeth d’Angleterre, Michael Curtiz
(États-Unis, 1939) |
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S’il est un moyen (un
média) pour accéder à la fonction suprême, le
corps du chef, cependant, ne lui appartient pas. Elizabeth d'Angleterre
en fait la déchirante épreuve, écartelée entre
son désir pour le Comte d’Essex et sa propre dévotion
pour le royaume. Sous les traits impassibles de Bette Davis, l’exercice
du pouvoir ressemble à un long coïtus interruptus, où l’autorité est
castratrice – pour son amant-rival (qu’elle fera décapiter),
mais aussi pour sa propre liberté. Car « un souverain n’a
pas d’ami », et ne vit lui-même que « dans l’ombre
de [son] trône ». Le corps exposé dans les palais en
technicolor ne saurait être érotique, dès lors qu’il
est politique. |
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SEQUENCE
16 : GRANDE GUEULE
Patton, Franklin J. Schaffner (États-Unis, 1970) |
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Avec une figure comme celle
de Patton, le chef ne risque pas de s’oublier dans quelque faiblesse
affective. L’homme public et l’individu privé façonnent
ici un seul et même personnage, et les défauts de l’un
sont pour l’autre des qualités. Arrogance, insubordination,
populisme et grossièreté renforcent l’aura et l’efficacité de
cette machine de guerre, dont les coups de gueule peuvent aussi passer
pour des gestes chevaleresques. Portrait ambigu d'un homme qui ne l’est
pas, le film, qui sort au plus fort de la contestation contre la guerre
du Vietnam, suggère la folie d’un chef habité par sa
propre force. Dans la séquence d'ouverture (moment d'anthologie),
où il harangue ses troupes devant une gigantesque bannière étoilée,
on ne sait pas s’il prête à rire ou à trembler. À la
limite de la caricature, bardé de colt et de médailles, Patton
se désigne lui-même comme un chef d’équipe et
un gagnant. Mais la rhétorique est brutale et l’image écrasante
: on est loin de la sympathique dream team que formera Mr Ocean , coach
complice et élégant… |
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SEQUENCE
17 : FAIRE CROIRE
L’Homme qui voulut être roi, John Huston (États-Unis,
1975) |
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La faille de Patton, c’est
qu’il n’en a pas : tout d’une pièce, il adhère à sa
propre mythologie. Dravot et Carnehan, au contraire, excellent en cynisme
et duplicité. Ce n’est pas la gloire, mais bien la fortune,
que ces deux anciens sergents de l'armée britannique partent chercher
au Kafiristan. Et lorsque l’un d’eux devient l’objet
d’un culte, parce que les habitants le prennent pour une réincarnation
d’Alexandre le Grand, ils y voient l’occasion inespérée
de conquérir aisément le pouvoir… et le trésor.
Bien qu’il redoute un peu les conséquences d’un tel
blasphème, Dravot revêt alors l’habit sacré du
roi et commence à administrer, avec dignité, la justice.
Huston et ses deux acteurs (Michael Caine et Sean Connery) s’amusent à démonter
les mécanismes du faire-croire comme supercherie. Mais, bientôt,
la manipulation va se retourner contre les manipulateurs. C’est que
le chef n’est pas l’instigateur, mais le produit de cette croyance
qu’il prétendait utiliser. Il est celui qui, littéralement,
se glisse dans une attente, une image et des signes qui le précèdent
(et qui lui survivront). Lui-même n’est qu’un double,
un simulacre, un avatar. Malgré les railleries de son compère,
le cynique est donc rapidement rattrapé par sa propre légende.
Dupeur dupé, l’imposteur se prend à son jeu et finit
par se croire prédestiné. Démasqué, l’homme
qui avait voulu être roi sera finalement sacrifié sur l’autel
de sa propre idolâtrie – pour avoir douté, et pour avoir
trop cru. |
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SEQUENCE
18 : TECHNIQUES DE COMMUNICATION
Le Dictateur, Charles Chaplin (États-Unis, 1940) |
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Un bon dictateur, lui, sait
bien qu’il ne faut pas trop se fier aux aléas d’une
croyance spontanée, et qu’il n’est pas superflu d’en
aiguiller le cours par un peu de propagande. La domination du chef sera
d’autant plus grande qu’il disposera de techniques de communication
modernes et performantes. C’est ce que Goebbels alias Garbitsch enseigne à son
Führer, qui s’apprête à recevoir – et à humilier – son
rival Napaloni. La politique est d’abord affaire de dispositif :
de la longueur de la salle à la hauteur des sièges, tout
doit être pensé en terme d’influence et d’efficacité.
C’est, dit-il, de la « psychologie appliquée ».
Le leadership, comme machine à produire des effets. Évidemment,
il y a un risque, c’est que la machine se grippe. Chaplin ne s’en
prive pas, et retourne contre son dictateur les techniques de mise en scène
que celui-ci ne parvient jamais à régler. Mécanique
du rire contre mécanique de la terreur. L’orgueil est systématiquement
dégonflé, comme le ballon en forme de terre avec lequel Hynkel
se prend à jouer. Parce que son pouvoir est usurpé, le chef
n’est qu’un fantoche. Rien de plus que le sosie d’un
autre, dont il a les traits, mais pas la noblesse d’âme. Le
petit barbier juif, lui, n’aura pas besoin d’un conseil en
communication pour retourner son auditoire : il n’écoutera
que son cœur. |
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SEQUENCE
19 : TELEGENIE
Président d’un jour, Ivan Reitman (États-Unis, 1993) |
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Dans cette histoire cinématographique
des chefs, le motif du sosie est beaucoup plus qu’un thème
récurrent : c’est un paradigme. Entièrement construit
autour de cet axe, le film de Reitman raconte l’aventure d’un
modeste acteur, à qui l’on demande de jouer les doublures
pour le président des États-Unis, pendant les incartades érotiques
de ce dernier. Alors que la supercherie n’est pas censée durer,
un accident cérébral du chef d’État l’oblige à s’installer
durablement dans la fonction. Il devient alors la coqueluche des médias,
fascinés et perplexes face à son irrésistible charisme – qualité dont
l’authentique président était totalement dépourvu.
Le recours à la figure du double permet de stigmatiser l’art
du chef comme comédie. Le sosie fait l’épreuve du pouvoir
comme pur signe : il n’est le chef que par le regard des autres – regard
relayé et amplifié par les médias qui valident l’intox. Être
télégénique, c’est être un chef, et être
un chef, c’est être télégénique : la média-dépendance
de l’autorité est une tautologie. D’ailleurs, de John
McLaughlin à Larry King en passant par Schwarzenegger, toutes les
vraies stars des talk shows américains sont là, comme pour
attester la confusion entre message (politique) et médium (télévisuel). |
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SEQUENCE
20: FABRIQUE DU MYSTERE
Citizen Kane, Orson Welles (États-Unis, 1941) |
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Charles Foster Kane vient de
mourir, emportant avec lui son énigme. Les médias s’emballent,
cherchant en vain à couvrir l’histoire d’un homme trop
complexe pour tenir dans un gros titre. Personnage tentaculaire, à la
tête d’un immense empire médiatique, industriel et financier,
Kane appartient à tous et à personne. Chacun se l’approprie,
mais chaque fragment de vérité brouille la vue d’ensemble.
La surexposition médiatique du chef ne le donne pas à voir
: elle le dissimule dans une cacophonie caléidoscopique, où il
n’apparaît qu’en négatif, figure repoussoir permettant à chacun
de se définir (pour les grands patrons, c’est « un communiste »,
pour les syndicalistes, c’est « un fasciste », pour les
libéraux « un grand démocrate », etc.). Le chef
n’est qu’une image mise à la disposition des intérêts
et des idéologies, sorte d’aimant magnétisant les haines
et les appétits. Cette image, comme les plans pour lesquels Welles
invente une impossible profondeur de champ, est une image à double
fond. La médiatisation fabrique du mystère, parce qu’elle
diffracte la vision. |
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SEQUENCE
21: LE BOUC EMISSAIRE
Apocalypse now, Francis Ford Coppola (États-Unis, 1979) |
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Le colonel Kurtz, que Willard
est chargé d’exécuter par les services secrets militaires
en pleine guerre du Vietnam, est un personnage encore plus obscur que Kane.
Retiré au fond de la jungle, il a échappé à tout
contrôle, et mène avec une armée de fanatiques des
opérations d’une terrifiante sauvagerie. Pour l’atteindre,
Willard devra remonter l’interminable fleuve, et sortir du temps
de l’histoire. Voyage au pays des morts, sa quête l’arrache à la
communauté des hommes et au réel pour le plonger dans le
symbolique, au-delà du politique. À son arrivée devant
l’antre du colonel, un reporter illuminé (Dennis Hopper) nous
enseigne que l’éloignement du chef est ontologique : on ne
parle pas au « grand homme », on ne le photographie pas, on
ne le juge pas comme un homme ordinaire. Plus tard, la voix d’outre-tombe
d’un Brando confondu à l’ombre évoquera l’incommensurable
liberté de celui qui se serait affranchi de toutes les opinions,
la sienne comprise. Cette liberté, c’est celle du dieu qui
s’est séparé des hommes, et celle de la bête
qu’on sacrifie. À l’heure de sa mort, l’image
de Kurtz ne fera qu’une avec celle du bouc et de Bouddha. |
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SEQUENCE
22: LE RETOUR DU MORT
Kagemusha (l’ombre du guerrier), Akira Kurosawa (Japon, 1980) |
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Dans le Japon du XVIe siècle,
il est d’usage que les seigneurs aient une doublure. Mais ce que
demande Shingen avant de mourir est inhabituel : que sa mort soit tenue
secrète et qu’un double occupe sa place trois années
durant, afin d’éviter qu’une guerre de succession ne
brise l’unité du clan. Par chance, on trouve un sosie parfait,
mais c’est un vaurien – cabot, voleur et rustre – qu’il
faut donc dresser. Commence alors l’initiation d’un homme à la
fonction d’ombre du guerrier. Il ne prend pas son rôle très
au sérieux, jusqu’au moment où, croyant avoir mis la
main sur un magot, il brise l’urne qui renferme la dépouille
de Shingen. Face au mort qui le regarde et lui ressemble, le sosie est
pris d’effroi. Première étape d’une lente métamorphose,
qui le verra basculer dans un monde de plus en plus fantomatique. Poursuivi
par le spectre du seigneur jusque dans ses rêves (que Kurosawa dépeint
dans une séquence d’une beauté époustouflante),
Kagemusha devient cet autre qui le hante. Véritablement habité,
le double s’avère alors plus digne de la fonction de chef
que le propre fils de Shingen. Il sera malheureusement démasqué,
puis chassé, et assistera impuissant au retour du chaos sur le clan. |
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SEQUENCE
23: LE COTE OBSCUR DE LA FORCE
Star wars – L’Empire contre-attaque, Irvin Kershner (États-Unis,
1980) |
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Dans La Guerre des étoiles,
le chef n’est plus un mort qui hante les vivants, mais la mort elle-même,
cette part dia-bolique qui divise chaque homme et pousse les peuples à se
détruire. Le premier personnage de la saga à incarner cette
pulsion de mort est Palpatine : successivement sénateur, chancelier
suprême et empereur, il est l’initiateur du vaste complot provoquant
la chute de la République, et surtout celui qui entraîne Anakin
Skywalker, alias Dark Vador, du côté obscur de la force. Dans
cet épisode, chacune de ses interventions est une apparition (spectrale
et technologique) : le centre de gravité de l’Empire est toujours
hors champ, inaccessible. Son relais dans l’action, c’est Dark
Vador, devenu l’une des figures les plus légendaires du cinéma.
Masque de fer sans visage, on ne peut le voir, car c’est lui qui
voit et qui tue par son regard. Non parce qu’il serait un monstre
ou un alien, mais parce qu’il est au contraire l’autre côté du
même. Vérité du chef qui se révèle encore
une fois dans une séquence onirique, lorsque Luke Skywalker rêve
qu’il coupe la tête de Dark Vador, pour s’apercevoir,
trop tard, qu’il a ses propres traits. Meurtre d’un père
qui n’est plus qu’un masque et un reflet, une grimace et un
fantôme. |
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SEQUENCE
24: L’ŒIL
Le Seigneur des anneaux - Le Retour du roi, Peter Jackson (États-Unis,
2003) |
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À mesure que Frodon
se rapproche du Mont du Destin où s’achèvera sa quête,
il se rapproche de Sauron, le seigneur des anneaux. Omniprésent
et invisible, celui-ci n’est pas seulement un magicien noir et un
chef d’armées innombrables. Il est surtout un œil nimbé de
flammes qui scrute le royaume à la recherche de ce qui lui donnera,
définitivement, l’hégémonie. À la fois
surveillance et conscience, globe et anneau, le chef est ce qui nous regarde,
non seulement du haut des tours du pouvoir, mais aussi depuis l’antre
obscure de nos propres désirs. Présence à distance
combinant brûlure et télécommunication, l’œil
du maître tue : le regard de Sauron manque de détruire Frodon,
parce qu’il voit la tentation du pouvoir qui l’habite. Plus
efficace qu’un spectacle, le spectre, c’est le démon
du chef en chacun de nous. |
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Louise
Merzeau
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© Louise Merzeau
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