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Nous Médium n°20-21, 2009 |
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| Du nouage au nuage : espaces publics numériques | ||||||||||||
I. |
Je, nous, you | |||||||||||
| L'Internet, c'est où ? | ||||||||||||
| Pour comprendre
en quoi la « grande conversion numérique » [1] modifie
l’organisation
de la cité, il faut renoncer à voir le Net comme « une
sorte d’isolat communicationnel » [2] où se
construirait ex nihilo un idéal démocratique inédit, à côté du
monde réel. Outre que les internautes restent soumis aux contraintes
civiques, juridiques et administratives ordinaires, le cyberespace est
lui-même ancré dans le tissu industriel, économique
et politique dont il procède. Inversement, les règles élaborées
sur le réseau sont rapidement reportées sur les pratiques
usuelles d’action, d’échange ou d’adhésion
hors connexion. Parce que mondes réel et virtuel sont ainsi solidaires, les pratiques réticulaires affectent les régimes de l’être-ensemble, non seulement par contestation ou court-circuit, mais aussi par contamination. Qu’on soit connecté ou non, notre vie sociale, publique ou privée, sera de plus en plus régie par les logiques de traçabilité, de recyclage et d’interactivité induites par la gestion numérique de nos rapports. Identité, légitimité, responsabilité… l’ensemble des droits de cité sont appelés à se redéfinir, par réaction, hybridation ou mutation. Il est peu probable que l’Internet citoyen vienne supplanter les formes traditionnelles du débat démocratique, structuré par les rituels électoraux (élections, référendums), les logiques d’opinion (mesurées par sondages) ou l’organisation “professionnelle” d’une couverture médiatique du débat public » [3]. Ces anciennes manières d’agencer le collectif ne pourront en revanche continuer de fonctionner qu’en tenant compte des nouvelles compétences et appétences communautaires qui s’élaborent sur le Net. « La cité numérique n’est ni une utopie ni une terre promise : c’est un territoire que sont en train d’inventer et de façonner les citoyens du numérique » [4] . Les élites intellectuelles et politiques feraient bien de s’en convaincre, au lieu de voir le Web come un danger ou une panacée. |
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| Le lieu des liens | ||||||||||||
| Le numérique
touche aux fondements de la cohésion sociale, parce qu’il
transforme le milieu technique où s’ajuste la rencontre d’un
je et d’un nous. Or dans les représentations dominantes du
réseau, l’idée de la désagrégation a
remplacé l’utopie du village global – à laquelle
nul n’ose plus se référer. Absence de clôture,
de territoire, de transcendance, relations déhiérarchisées,
deshistoricisées : qu’on le déplore ou qu’on
s’en réjouisse, Internet est maintenant plus souvent décrit
comme l’espace de toutes les déliaisons que comme « le
lieu des liens »
[5]. Selon cette interprétation, « l’univers
de la circulation informatique est positivement a/politique, sans ordre
de commencement ni de commandement : […] une société mondialiste
d’individus sans liens, une démocratie des singuliers […]
sans unité ni totalité »
[6]. Ici, les analyses superposent volontiers les signes qui ont trait à la crise des mass media avec ceux qui témoignent d’une désaffection envers les figures historiques du rassemblement. La segmentation des publics et la personnalisation de l’information sont confondues avec l’extinction des mythologies unificatrices du Peuple. L’accusant tout à la fois de concurrence déloyale (parce qu’il est gratuit) et d’illégitimité (parce qu’il est ouvert à tous) les anciens médias sont les premiers à disqualifier le Web. Préservation d’une rentabilité économique et défense de la res publica se font passer pour une même cause, cherchant à imposer l’idée que la présence numérique n’aurait d’autre horizon qu’un individualisme consumériste. Avant d’identifier l’environnement numérique avec le régime du je, mieux vaut donc préciser à quel type de nous on prétend l’opposer. Certes, on ne verra pas le peuple des internautes se lever ou se réunir en assemblée. Et on n’entendra pas la voix du Web s’élever en une chorale ou une clameur. Mais on trouvera probablement plus de désintéressement, d’engagement et de solidarité dans les mailles du Net que dans les cases des grilles télévisuelles… Quant au postulat qui veut qu’à tout collectif corresponde une élocution et une personnification, c’est précisément ce que les mutations médiologiques mettent en doute. Que le groupe ne projette pas sa cohésion comme la déclinaison d’une personne verbale ne signifie pas qu’il se réduise à une juxtaposition de singularités. La forme des liens qui rendent possible le processus d’individuation collective varie en même temps que les conditions de l’être-ensemble. Le je appelé à se transcender dans ce devenir-un n’est pas moins dépendant du milieu technique ambiant. Appartenance et identité se définissent mutuellement, en fonction des régimes d’échange, de mémoire et de connaissance. La dimension politique du réseau oblige donc à réviser toute la distribution des pronoms, pour considérer la présence numérique dans son ensemble. |
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| Individu, identité, présence | ||||||||||||
| C’est devenu
un lieu commun d’identifier l’essor du Web avec l’expansion
d’un individualisme qui tournerait le dos au collectif. Pourtant, « le
retour à l’individu comme mesure du numérique est assez
trompeur, puisque, dans ce contexte-là, l’individu est assez
radicalement transformé et lié à un sentiment modifié du
lieu et des formes de présence. […] De la possession à la
propriété, de la nationalité et de l’identité à la
responsabilité et à ses limites juridictionnelles, certains
des postulats les plus fondamentaux de nos modes d’appartenance à des
collectivités, à la société, à notre
culture, sont remis en cause »
[7]. Certes, là où la culture de masse fabriquait des dénominateurs communs, le numérique personnalise les données qu’il dissémine. L’information ne se concevant plus que par rapport à un contexte, un besoin, une relation, l’uniformisation des codes éclate au profit du sur mesure. Reconstruite à chaque session, la pertinence décompose les grands messages en contenus modulables, pour livrer à chacun son information. Les données personnelles deviennent donc la première ressource d’une nouvelle économie des connaissances et des interactions, centrée sur les différences plus que sur les convergences. Le sujet qui sert de base à ces reconfigurations n’est toutefois pas celui qui s’isole de ses semblables pour se confiner dans la sphère privée. Ce n’est pas non plus l’individu qu’on peut catégoriser pour découper des parts d’audience ou des segments de marché. C’est une entité informationnelle, constituée par la collection des traces qu’une personne dépose au fil de ses connexions : requêtes, achats, téléchargements, profils, géolocalisations, posts… Cette identité ne résulte pas d’une origine – territoire ou filiation – mais d’une agrégation. Protéiforme, flexible et pseudo anonyme, elle s’élabore dans le temps et se confond avec l’histoire de ses déplacements. Stéréotypes, codes, mythologies… l’inscription dans le collectif supposait jusqu’à maintenant que les occurrences singulières (token) soient élagués dans des invariants (type) [8]. La traçabilité numérique consiste à l’inverse à cibler toujours plus finement l’information. Le type n’a plus la capacité d’orienter attention et marchandisation : il lui faut désormais la valeur ajoutée d’un token [9]. Cette mutation de l’identité ne produit pas comme on pourrait le croire son individualisation, mais bien sa communautarisation. « Unités isolables, agençables et calculables » [10], les traces détachent la présence numérique de l’individu, pour la convertir en un processus d’interaction. Chacun n’existe que dans son rapport aux autres positions, et les empreintes des uns sont aussitôt recyclées en traces des autres. Les plates-formes de partage fonctionnent selon une triple logique de dépôt, de marquage et d’exploration : les contenus y sont simultanément des indices, des étiquettes et des cartes, enchevêtrant la hiérarchie du collectif et du particulier. Les moteurs de recherche proposent d’observer ce que d’autres ont cherché, visionné ou marqué [11]. Intégrés aux sites de « réseaux sociaux », ils font de chaque profil un nœud, par où s’effectue l’assemblage des identités. La cognition elle-même se publicise, car les manières de lire, écrire, chercher ou trier sont enregistrées et réinjectées comme textes ou aides à la navigation. |
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| Confiance, réputation, autorité | ||||||||||||
| Les données
personnelles ne sont donc pas une part d’ombre, mais une ombre portée :
elles sont l’espace où la collectivité se représente
et se réunit. Se pose alors la question de la médiation :
quelles techniques, quelles instances, quelles règles vont administrer
cette identité ? Le danger n’est pas tant la disparition de
tout intermédiaire que la confiscation de la fonction par les seules
logiques du marketing et de la surveillance. Le mot de passe ayant remplacé le mot d’ordre [12], c’est dans la gestion des pseudonymes et des certificats [13] que se joue le maintien d’un espace public numérique. Les dispositifs d’identité fédérée [14] permettent de découpler les contenus des données d’identification. Reste à déterminer qui aura le contrôle des clés et par quels mécanismes les authentifications seront effectuées : fabricants de logiciels, fournisseurs d’accès, agences gouvernementales, organismes indépendants ? Une chose est sûre : la normalisation de la présence numérique ne devrait pas être déléguée aux seuls standards technologiques, mais intéresser l’ensemble des médiateurs. Au plan social, la composition d’un profil vaut construction d’une réputation. Sur le marché de l’emploi, on sait qu’être bien « googlisé » équivaut déjà à un bon CV. En fait, chaque individu est désormais précédé par le double numérique que le réseau tresse autour de lui. Dans l’ordre du savoir, la légitimité des énoncés dépend aussi d’une administration collective de la confiance [15] . Revues en ligne, archives ouvertes, blogs scientifiques, séminaires ouverts : c’est la communauté qui construit l’autorité, par des protocoles inédits de détection, de diffusion et d’évaluation. Du partage de favoris aux annuaires collaboratifs [16], la recommandation s’élabore à plusieurs, et il n’est pas de connaissance qui soit propagée sans l’aval d’une collectivité. Cette distribution de l’autorité s’appuie sur la délibération plus que sur le sondage : sur Internet, les énoncés sont moins soumis à l’approbation qu’à la reformulation. Ainsi, sur Wikipedia, « la méthode principale pour dégager le consensus est la discussion, pas le vote » [17]. La rédaction multiple l’emporte sur le pouvoir brut d’une majorité, et la recherche de l’exactitude passe par l’apport continu des corrections. Si l’on ne peut confiner les pratiques réticulaires dans la sphère du je, le nouage collectif ne repose cependant plus à proprement parler sur l’instance englobante d’un nous. Pour définir le paradigme de conjugaison qui caractérise la société en ligne, sans doute faudrait-il plutôt parler d’une religion du you. À la fois pluriel et singulier, injonctif et convivial, universel et déictique, c’est un nouveau régime qui privilégie la fonction conative et la confrontation. |
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II. |
L'incomplétude, la toile | |||||||||||
| La gouvernance invisible | ||||||||||||
| Si l’environnement
numérique n’est pas dépourvu de principe organisateur,
ses organes de décision et de régulation ont ceci de particulier
qu’il ne sont pas visibles. Les flux d’information n’étant
plus circonscrits dans un espace géographique ou administratif,
ils semblent échapper à la contrainte des infrastructures
et des réglementations. Bien sûr, il n’en est rien,
mais l’invisibilité de la gouvernance a des effets sur l’imaginaire
du Net comme sur la maintenance du lien réticulaire. Ainsi, si Wikipedia peut prétendre représenter le savoir collectif, c’est autant par ce qu’elle produit comme croyance d’immédiation que comme technique de contribution. Le succès de l’encyclopédie serait moins considérable si l’on voyait à chaque consultation le système complexe des règles de rédaction et de validation par lequel tout article doit passer. L’idée « que “je” suis l’auteur de l’ordre fonctionnel des “mes” pratiques, puisque ce ne sont pas les politiques ni les juristes qui me l’imposent, mais la figure optimale de ce que je suis (mes frères, mes pairs) » [18] , est en partie une illusion. Mais cette illusion délivre une énergie qui la rapproche continuellement du vrai. En ce sens, les wikis ne font que reconduire la volonté des architectes initiaux de l’Internet, pour qui « l’ “intelligence” du réseau est située à l’extrémité des mailles et non centralisée » [19]. Naturellement, ce déplacement du centre vers la périphérie dérange les méthodes traditionnelles de gouvernance, en particulier dans l’homologation des contenus scientifiques. Pour les appareils d’État, c’est le système (documentaire, disciplinaire, éditorial) qui est au centre, et les chercheurs à la marge. Le Web implique au contraire une « révolution copernicienne du savoir » , où on attend des institutions qu’elles offrent des services et des outils tournés vers les utilisateurs, pu [20]is, dans un deuxième temps seulement, qu’elles fassent émerger des représentations globales des connaissances. Cette mutation de l’autorité a un corollaire technique : la délocalisation des systèmes de stockage et d’exploitation. Tous les programmes, outils et données jusqu’ici conservés dans les ordinateurs personnels [21] sont en effet répartis au sein d’une « informatique en nuages ». Ce cloud computing crée un nouvel espace public virtuel, où toutes les informations sont aspirées. Le contrôle des serveurs et de la connectivité voit donc son importance renforcée. Sur le plan économique tout d’abord, car l’occupation de la bande passante n’est pas gratuite et la concurrence entre opérateurs est sévère. Sur le plan civique ensuite, car la gestion des noms de domaine et des adresses IP détermine un contrôle possible sur l’espace public. En Europe, les législations obligent les fournisseurs d’accès à conserver pendant six mois les logs de connexion, avec l’adresse IP de la machine connectée, la liste des sites visités et les adresses mails utilisées. Ces données ne peuvent théoriquement être transmises qu’aux « autorités nationales compétentes », mais les législations sont loin d’être harmonisées au plan mondial. Le danger est celui d’une surveillance accrue des citoyens, et plus encore d’une privatisation de l’espace virtuel. Car le contrôle n’est que partiellement justifié par la lutte anti-terroriste. L’aspiration des industries culturelles à surveiller les téléchargements et, plus globalement, le commerce des métadonnées sont les véritables moteurs de cette gouvernance invisible. Aussi décentré soit-il, le réseau n’est donc pas à l’abri des logiques de profilage et de concentration, qui dénaturent la philosophie réticulaire. |
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| Le bien commun, c'est le médium | ||||||||||||
| Dans sa version
libertaire, la mythologie du réseau écarte toute éventualité d’une
réappropriation de la périphérie par le centre. Cette
illusion est nécessaire au nous virtuel, car elle désigne
son « point d’incomplétude »
[22]. L’environnement
numérique produit sa propre efficacité politique et morale,
par les particularités de sa médiation technique qu’il
met en œuvre. « Les espaces publics émergents intègrent
les pratiques technologiques et la compétence numérique à leur
potentiel d’action sociale et politique. […] La création
de communautés multiples et aux nombreuses intersections ne repose
pas seulement sur des centres d’intérêt communs, mais
aussi sur des technologies ouvertes, ou partagées à égalité »
[23]. Comme tous les autres modèles de collectivité, la cité numérique repose sur un plan qui excède chacune de ses parties. Mais à la différence des formes religieuses ou patriotiques, le bien commun n’est pas projeté dans un ailleurs mythique (origine, héritage ou destin) : il est logé dans le médium même. C’est le maillage du réseau, comme structure et comme règle, qui est pensé, désiré et construit comme bien commun. Et c’est la nature du lien technique, plus que les liens affinitaires, qui fait aujourd’hui de la culture numérique « la seule rivale de la religion en tant que présence universelle » [24]. Plus que dans tout autre collectif, la cohésion repose sur la promesse d’un savoir-lire, combinant maîtrise des outils, gestion des identités et participation aux réseaux. En ce sens, le Web 2.0 représente un tournant (moins technique que symbolique) dans l’histoire d’Internet, parce qu’il marque une avancée dans la réalisation de cette promesse. D’instrument de médiatisation, le réseau devient vecteur de socialisation, à mesure que les usagers s’approprient une compétence numérique. Publication (blogs, microbloging, wikis), partage (YouTube, FlickR, del.icio.us), discussion (forums, messageries instantanées, VoIP), réseaux sociaux, univers virtuels (Second Life) ou jeux multi-joueurs : le Web social oppose au « modèle de l’innovation centré sur la firme » un « modèle d’innovation par l’usage » [25], où la valeur est définie par le degré de mise à disposition collective. Cette communautarisation des applications ne déplace pas seulement les frontières des espaces public et privé. Elle impose également une orientation bottom-up, qui transforme les capacités d’invention du groupe. Partant des besoins, la recherche de la meilleure fonctionnalité permet de faire des choses nouvelles, alors que l’innovation top-down des industriels développe des solutions permettant de faire la même chose à moindre coût. On mesure donc tout ce que la collectivité aurait à perdre à un renforcement des logiques propriétaires… |
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| Nouvelles grammaires de l'assemblage | ||||||||||||
| À travers
les flux RSS et les systèmes de syndication, se généralise
un modèle inédit de solidarité entre les informations,
les savoirs et les acteurs : celui de l’agrégation. Dans ce
modèle, le singulier ne s’inscrit plus dans des ensembles
par référence ou filiation, mais par sélection, imbrication
et montage, le site ne servant plus d’entrepôt, mais de lien
vers des flux délocalisés
[26]. Alors que la culture de l’imprimé institutionnalisait
la fonction d’auteur, cette nouvelle grammaire de l’assemblage
conduit à la reconnaissance des droits de l’utilisateur comme
producteur, diffuseur et prescripteur. L’autorité mesure désormais une aptitude à mettre en œuvre une « tendance anthologique » . Depuis toujours, le savoir, c’est les liens : tout lecteur professionnel développe des techniques d’extr [27]action, d’étiquetage et de recoupement des énoncés. Mais dans l’univers numérique, ce travail de montage n’est plus dissimulé dans les couches internes du brouillon : il est le texte même et chacun peut l’observer. L’agrégation de contenus peut aller jusqu’à la création d’une application originale. C’est le principe des mashups, qui combinent des éléments provenant de sources multiples pour produire un nouveau site. Les widgets généralisent quant à eux ce passage « d’une administration individuelle du partage à un partage collectif de l’administration » . Petits modules détachables dotés de capteurs de pertinence, ces microprogrammes permettent d’emba [28]rquer et de réutiliser tout service ou information fourni par la collectivité. Avec ce système, l’alliage du nous change de nature : à l’image du troupeau que le pasteur conduit ou de l’étoffe que le tisserand ourdit, se substitue celle d’un réseau potager rempli de graines d’information, que chacun entretient en les cultivant [29]. |
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| La guerre, le site, la cité | ||||||||||||
| Quand on sait que
le nous procède autant de la frontière que de la fraternité
[30],
cette image d’un jardin numérique peut sembler trop édénique.
Elle n’exclut pourtant ni les inégalités, ni les conflits.
D’abord parce que cet Internet n’est pas « à portée
de main, il exige une appropriation économique, technologique, culturelle,
et entretient sur tous ces plans des inégalités qui lui préexistent
et qu’il est impuissant à résorber, quand bien même
il les déplacerait »
[31]. Ensuite parce que le principe d’agrégation
sert aussi bien à renforcer les clôtures qu’à les
faire tomber. La syndication peut concourir à consolider des niches
au lieu de jeter des passerelles entre les milieux : chacun dans sa blogosphère,
d’autant plus compatible avec les autres qu’il ne les rencontre
jamais. Cette logique communautaire, particulièrement active dans les « réseaux sociaux », n’interdit cependant pas la confrontation. L’interactivité, l’anonymat et la désintermédiation favorisent au contraire des formes polémiques que l’ordre des livres proscrivait. Sur le Web, aucun énoncé n’est jamais à l’abri de la controverse, et les antagonismes refont surface à l’intérieur même des dispositifs affinitaires. Cette conflictualité peut produire de la délibération, comme l’atteste la gestion des « guerres d’édition » dans Wikipedia. L’arbitrage passe par la médiation de la communauté et la mise en mémoire de la dispute, consultable avec l’article . Plus que le dernier état de la connaissance, c’est cette génétique du savoir qui donne un corps au [32]collectif. L’environnement virtuel engendre aussi des formes numériques de violence : guerre des traces, cyberharcèlement, hacking, usurpation d’identité… Pas plus qu’il n’est un repère de pédophiles et de néonazis, le Web n’est pas un espace angélique à l’abri des appétits, des malveillances et des conflits d’intérêt. Certains comportements sont des facteurs de désunion, parce qu’ils touchent à la confiance que chacun porte au milieu réticulaire. Ils démontrent en même temps que l’environnement numérique pose bien des problèmes d’ordre public, de liberté et de sécurité comme tout espace politique. La société réticulaire n’est ni une tribu, ni une simple cohabitation. Pour en évaluer le degré de coalescence, Milad Doueihi propose de la comparer à la civitas latine : « Dans le modèle grec, […] l’entité fondamentale est polis : la citoyenneté est fonction d’un ensemble de variables en rapport avec sa structure, de la généalogie au territoire. Le modèle romain en revanche, procède en sens inverse : c’est l’association entre les individus et leurs relations mutuelles qui définissent la civitas. Le modèle romain est d’abord relationnel : il repose sur des formes de réciprocité, de reconnaissance et en définitive de solidarité entre des personnes. […] N’importe qui peut devenir citoyen romain. Seuls les natifs d’Athènes peuvent se dire athéniens. D’un côté une forme d’autochtonie, de l’autre un modèle de citoyenneté relativement ouvert » [33]. L’absence de territoire n’empêche pas la société réticulaire de s’articuler à des lieux (site ou home page), mais ces lieux sont des vecteurs d’adoption plus que d’enracinement. Le rôle de la spatialité dans la construction de ces assemblages est confirmé par l’importance croissante de la cartographie. « Lier pour être vu. Voir pour cartographier. Cartographier pour comprendre. Voilà une chaîne qui marque l'essor des “cartes de l'Internet” et l'engouement jamais démenti du public pour des applications comme Google Earth » [34]. La combinaison des outils de visualisation et de géolocalisation reconditionne les logiques d’orientation. À la fois enjeu économique [35]et principal défi documentaire du XXIe siècle, le geotagging rétablit l’univers virtuel comme espace à habiter. Alors que certains stigmatisent encore son intangibilité, le devenir-carte du web est l’un des scénarios les plus probables de son évolution [36]. Cartes heuristiques, affinitaires, mémorielles, pratiques… les moteurs à indexation géographique nous préparent « une “surterritorialisation” qui fera de nous des citoyens “hyper-situés” mais également des spectateurs (acteurs ?) d'outils technologiques permettant pour la première fois dans l'histoire de s'orienter sur une carte à l'échelle du territoire » [37]. L’espace public sera la somme de ces cartographies du nous, le grand atlas des arts de naviguer dans l’infomonde. |
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III. |
Le hasard et la diversité | |||||||||||
| Compétence des incompétents | ||||||||||||
| Dans ces territoires
interactifs, l’organisation des connaissances se recompose. La logique
de traçabilité enchevêtre la hiérarchie entre
les traces que je produis et celles que le groupe a disposées pour
me guider. L’ « intelligence collective » désigne
alors moins le résultat d’une convergence, que le processus
de co-inscription, co-archivage et co-prescription. Non que la culture
numérique fasse de chaque énoncé un ouvrage collectif,
mais elle permet à « l’utilisateur de ses mémoires
d’en être aussi et d'abord le rassembleur et l'organisateur »
[38].
Cette inversion affecte les contours de l’espace public du savoir,
en particulier pour l’élaboration d’une culture technique.
Face à l’opacité délibérée des
informations fournies par les fabricants et les marchands, la mise en réseau
des mémoires d’usage fonde un rapport inventif aux outils. À l’heure
où « l’industrialisation de la mémoire fait du
savoir une valeur monnayable au service d'impératifs hégémoniques
de production et de développement »
[39, ce désintéressement
collectif paradoxalement issu de besoins individuels est inappréciable. L’enjeu est de redonner au peuple ce pouvoir d’apprendre qui lui est confisqué par la logique marchande, en renouant avec le principe de l'isègoria : n'importe qui peut prendre la parole, n’importe quelle parole a droit de cité dans l'agora. En ce sens, l’environnement numérique est bien fondamentalement démocratique. Non parce qu’il égaliserait les écarts creusés par les rapports de force, mais parce qu’il apporte le seul remède aux abus du gouvernement par la compétence : celui du « gouvernement par les incompétents » [40]. Contre l’accaparement de la chose publique par les oligarchies (pouvoir, expert, détenteur de droits), la démocratie n’a rien d’autre à proposer que l’absence de titre à gouverner : tirage au sort, hasard, indifférenciation. C’est en ce sens que l’environnement numérique peut concourir à restaurer la condition du politique pour que, de nouveau, les uns s’unissent à un tous et l’Un au multiple. Naturellement, ce règne du « n’importe qui » ne peut que susciter la haine des médiateurs autorisés. Les polémiques sur la valeur des connaissances transmises par Wikipedia en sont une des nombreuses variantes. Elles feignent d’opposer le savoir, objectivable et transcendant, à l’instabilité des opinions particulières, pour mieux masquer l’enjeu politique du dispositif : produire un « lieu de discussion des intérêts collectifs qui échappent au monopole du gouvernement savant » [41]. Les idéologues du Web social répondent par le principe de « sagesse des foules » [42]. Éloge des « collectifs flous », cette hypothèse prétend que les gens en savent collectivement plus que les experts, et que l’aptitude perceptive et heuristique d’un groupe est inversement proportionnelle à son homogénéité. Dans Flickr ou Del.icio.us, c’est parce que n’importe qui peut déposer n'importe quel tag ou recommander n’importe quel lien que le système peut globalement produire de la pertinence et de la stabilité. « L’algorithme de Google est un [autre] exemple de ce phénomène, en permettant de synthétiser en une fraction de seconde l’opinion des internautes et en mettant de l’ordre dans le chaos. Soit la quintessence instantanée et sans cesse renouvelée de l’isègoria : mécanique, algorithmique, “motorisée” » [43]. Cette autorégulation n’a rien à voir avec le nivellement par le milieu de l’audimat. Le PageRank n’est ni une moyenne ni un consensus, mais un instantané du réseau dont la valeur d’index tient à l’organisation fractale de la Toile : « n’importe quel nœud, n’importe quel lien, peut lui-même se révéler composé de tout un réseau » [44]. |
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| Compétence | ||||||||||||
| Depuis que Google
a érigé en système le principe d’une indexation
distribuée, les internautes sont de plus en plus amenés à étiqueter
et recommander des contenus dont ils ne maîtrisent qu’encore
rarement la production, la diffusion et la conservation. De la presse à l'édition
scientifique en passant par les catalogues de bibliothèque, tous
les secteurs s’adonnent aux folksonomies
[45]. Si elles n’invalident
pas d’un coup la hiérarchie des savoirs et des fonctions auctoriales,
ces pratiques n’en bouleversent pas moins l’ordre établi
par les livres. Elles « affectent autant la valeur attribuée
aux contenus (crédit, autorité, représentativité)
que les modes de médiation eux-mêmes (conditions spatio-temporelles
de l’interaction, brouillage des rôles et des sphères
public/privé, camouflage des identités, rupture dans les
genres, les discours, etc.) »
[46]. Cette renégociation des modes d’accès s’inscrit dans le mouvement de redocumentarisation [47] qui accompagne la numérisation des connaissances. En raison de l’accroissement exponentiel des données, les systèmes traditionnels de classification ne suffisent plus à organiser l’espace public du savoir. Pour exister, les contenus doivent être réarticulés à des logiques d’usage qui relèvent autant de la personnalisation que de la mise en commun. En indexant lui-même les documents qu’il manipule, l’utilisateur n’augmente pas seulement ses chances de se repérer dans le réseau. Il s’approprie le savoir des autres et rend du même coup publics ses propres mots-clés, liens et questions – devenant lui-même un document. Le balisage acquiert ainsi une portée collective, où l’on peut voir une alternative à l’hégémonie des moteurs de recherche. D’autant plus que les folksonomies permettent plus facilement de trouver ce qu’on ne cherche pas – rompant ainsi avec l’idée que le réseau ne rapprocherait que ce qui se ressemble déjà. La figure du nous que produisent ces agrégations n’a plus rien à voir avec le collectif des grands tableaux. Sa forme la plus exacte est le nuage de mots-clés (tagcloud), image mobile, interactive et intuitive des marquages effectués par la communauté. Corpus et corps collectifs y sont reconfigurés : d’une organisation par ensembles (classes, répertoires ou dossiers), on passe à des architectures de balises (trace, étiquette, mots-clés). « Ce mouvement marque la substitution d'une logique de “searching” à une logique de “browsing” » : le réseau n’est plus un océan à explorer, mais l’instrument même de cette exploration. « On ne navigue plus, on ne recherche plus, on s'abonne, on “souscrit” » [48]. Beaucoup redoutent l’entropie qui guetterait ainsi l’ordonnance du savoir. À charge pour nous d’imaginer des médiations hybrides qui combinent les modes de classification « sociale » et « disciplinaire », pour que la labellisation de l’information par les usagers ne soit pas synonyme d’atomisation. Dans cet esprit, de nombreux organes de presse ont commencé à éditorialiser les tags de leurs lecteurs, pour en exploiter la valeur ajoutée tout en réduisant le bruit qu’ils engendrent. La communauté scientifique est moins audacieuse, mais on voit mal comment elle pourrait tenir à l’écart l’indexation sociale. Pour leurs recherches, les étudiants ont déjà pris l’habitude de rebondir de lien en lien plutôt que de cheminer dans des arborescences. Reste à traduire ces comportements en une véritable méthode. Pour cela, les médiateurs institutionnels doivent admettre que les logiques de communication relèvent pleinement d’une transmission, qu’il faut affranchir des intérêts privés. L’individuation collective n’est plus englobante, mais ambiante. Ce que l’on prend pour un épuisement de la transcendance collective n’est que la dernière étape du processus d’externalisation de la mémoire, sans lequel il n’y a ni transcendance, ni mémoire. Encore faut-il reconnaître dans le mouvement de l’espacement ce qu’il informe : un ardent désir de mise en commun. |
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| Notes | ||||||||||||
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[1] M. Doueihi, La Grande conversion numérique, Seuil, 2008. [2] P. Mathias, « Internet et fraternité » [en ligne]. Disponible sur <http://www.mediologie.org/tribune/internet-fraternite/mathias.html> (l'ensemble des liens cités en référence a été vérifié à la date du 05/02/09). [3] D. Cardon, « La blogosphère est-elle un espace public comme les autres ? », Transversales, 26/04/2006 [en ligne]. Disponible sur <http://grit-transversales.org/article.php3?id_article=100> [4] M. Doueihi, Op. cit., p. 140. [5] Expression employée par Robert Damien pour désigner la bibliothèque, cité par Michel Melot in La Sagesse du bibliothécaire, L'Œil neuf éditions, 2004. [6] R. Damien, « Internet et fraternité » [en ligne]. Disponible sur < http://www.mediologie.org/tribune/internet-fraternite/damien.html> [7] M. Doueihi, Op. cit., p. 82. [8] « Sémiotiser, c'est imposer un type invariant à des token empiriques », D. Bougnoux, Introduction aux sciences de la communication, La Déouverte, 1998. [9] Voir L. Merzeau et M. Arnaud (dir.), Hermès n°53, 2009, Traçabilité et réseaux, et plus particulièrement l'article « Du signe à la trace : l'information sur mesure ». [10] Roger T. PÉdauque, Le document à la lumière du numérique, Préface de M. Melot, Caen, C&F éditions, 2006, p.186. [11] Voir notamment les services Hotmap, développé par Microsoft, ou TouchGraph développé par Google. [12] « Le chiffre est un mot de passe, tandis que les sociétés disciplinaires sont réglées par des mots d'ordre », G. Deleuze, « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle », L 'Autre journal, n°1, mai 1990. [13] Voir M. Arnaud, « Un Habeas corpus numérique », Médium n°13, automne 2007. [14] Cf. le Liberty Alliance Project, ou le système d'authentification décentralisé OpenID, récemment adopté par Yahoo, Microsoft, Google et MySpace. [15] Voir G. Chartron, « Une économie renouvelée de la publication scientifique », Perspectives documentaires en éducation, n¡ 62, 2005 [En ligne]. Disponible sur <http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00117798/en>. [16] Voir Jean-Marie Le Ray, « La Recherche sociale vue par Chris Sherman », Adscriptor, billet du 17 aožt 2006 [En ligne]. Disponible sur <http://adscriptum.blogspot.com>. [17] Présentation des principes de fonctionnement de l'encyclopédie sur le site de Wikipédia. [18] Sur les médiations cachées de Wikipédia, voir P. Soriano, « Nous, le réseau », Médium n°14, hiver 2008. [19] B. Benhamou, « Architecture de l'internet : les enjeux du principe de neutralité (ou principe du end to end) », 2005 [En ligne]. Disponible sur <http://www.netgouvernance.org/E2E(f).PDF>. [20] Pierre Mounier (alias Piotrr), « SHS 2.0 », Blogo Numericus, billet du 13 septembre 2005 [en ligne]. Disponible sur <http://blog.homo-numericus.net/>. [21] Voir par exemple, dans le monde Apple, l'arrivée récente de MobileMe, service qui permet de mettre à jour et de synchroniser ses terminaux par la mise en ligne des mails, du carnet d'adresses, de l'agenda et des signets. Plus radicalement, Google a quant à lui réuni la totalité de ses services pour offrir à ses utilisateurs un système d'exploitation et un cadre de travail « de réseau ». [22] Voir R. Debray, Critique de la raison politique, Gallimard, 1981. [23] M. Doueihi, Op. cit., p. 124. [24] Ibidem, p. 23. [25] D. Cardon, « Innovation par l'usage », in A. Ambrosi, V. Peugeot et D. Pimienta (coord.), Enjeux de Mots. Regards multiculturels sur les sociétés de l'information, C&F Éditions, 2005 [en ligne]. Disponible sur <http://vecam.org/spip.php?page=article&id_article=603>. [26] L'exemple type en est fourni par Netvibes (<http://www.netvibes.com>). [27] M. Doueihi, Op. cit., p. 70. [28] L. Hay, « Les widgets, ÒradarsÓ du web », Entretien donné à Chronos, 2007 [en ligne]. Disponible sur <http://web2territorial.jimdo.com/download/241118106/Entretien_Chronos.pdf>. [29] À propos de cette granulosité du Web, L. Hay parle de « serres à widgets ». [30] Voir R. Debray, Le Feu sacré, Fayard, 2003. [31] P. Mathias, art. cit. [33] M. Doueihi, Op. cit., p. 119. [34] O. Ertzscheid, « Âge d'or des sciences sociales ? », affordance.info, billet du 26 juin 2006 [en ligne]. [35] Les services de localisation représentent un marché très convoité, qui concerne plus de 51 millions d'utilisateurs (notamment pour la consultation depuis les téléphones mobiles). [36] En particulier grâce aux innombrables API couplées à Google Maps. [37] O. Ertzscheid, « La carte est l'avenir du web », affordance.info, billet du 26 septembre 2005 [en ligne]. [38] B. Stiegler, « État de la mémoire et mémoire de l'État », texte écrit pour le catalogue du pavillon français de l'exposition universelle de Séville de 1992 [en ligne]. Disponible sur <http://www.arsindustrialis.org/ activites/cr/5nov2005/etatmemoire>.
[39]
Ibidem.
[40] Voir J. Rancière, La Haine de la démocratie, La fabrique éditions, 2005. [41] Ibidem, p. 92. [42] La Sagesse des foules, ouvrage publié par James Surowiecki en 2004. [43] O. Ertzscheid, « La sagesse des foules », affordance.info, billet du 6 mars 2008 [en ligne]. Disponible sur <http://www.affordance.info/mon_weblog/2008/03/la-sagesse-des.html> [44] P. LÉvy, Les technologies de l'Intelligence, Paris : Éditions de La Découverte, 1990, p. [45] Le terme désigne le principe d'indexation des documents numériques par l'usager, et plus largement, les systèmes de classification collaborative décentralisée. [46] Roger T. PÉdauque, Document et modernités, 2006 [En ligne]. Disponible sur <http://rtp-doc.enssib.fr/ IMG/pdf/Pedauque3-V4.pdf>. [47] « Redocumentariser, c'est documentariser à nouveau un document ou une collection en permettant à un bénéficiaire de réarticuler les contenus sémiotiques selon son interprétation et ses usagesÉ», Jean-Michel SalaÜn, « Éclairages sur la redocumentarisation », Bloc-notes de Jean-Michel SalaŸn, billet du 5 mai 2007 [En ligne]. Disponible sur <http://blogues.ebsi.umontreal.ca/jms>. [48] O. Ertzscheid, « Du dossier au mot-clé », affordance.info, billet du 4 octobre 2007 [en ligne].Disponible sur <http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/10/du-dossier-au-m.html>. |
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Louise Merzeau |
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