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La bicyclette Cahiers de médiologie n°5 - 1998 |
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| "Aboli bibelot d'inanité technique, ou la machine à résister" | ||||||||||||
| Périodiquement, la bicyclette renaît de son obsolescence technique pour venir occuper le devant de la scène sociale. Phénix versatile de notre environnement, elle bouscule avec la même constance logique instrumentale et temporalité technique. La roue tourne, toujours plus vite et au prix defforts toujours plus indolores, car assistés, programmés oudélégués. Pourtant, de décennie en décennie, on continue denfourcher sa bicyclette, pour lutter péniblement contre la pente et le vent de lépoque Comme si le vélo nétait rien dautre quune machine à résister à la technologie. | ||||||||||||
| Un maillon de la chaîne | ||||||||||||
| Dans une
histoire des techniques bien huilée, la bicyclette est présentée
comme le chaînon manquant dune filiation qui relierait lautomobile
à la draisienne. Quelque part entre le vélocipède et
le quadricycle à vapeur, elle est lun des maillons de cette
chaîne qui ne saurait se rompre, tant il est vrai que la science,
plus encore que la nature, a horreur du vide
A la fois héritage et origine, elle est de fait solidement enracinée dans des filières et des systèmes techniques : issue dune suite dinnovations (cadre, pédalier, roue à rayons, pneumatique ), elles-mêmes produits dautres inventions (métallurgie de lacier, caoutchouc ), elle conditionne à son tour le développement dun ensemble de technologies liées aux transports. Au début du XXe siècle, cest en effet dans lindustrie des cycles que lautomobile et laviation trouvent les capitaux, les méthodes et les matériaux nécessaires à leur essor. Structures légères en tubes, rayons métalliques, entraînement par chaîne et cardan, roulements à billes, engrenages, pneus, lampes à acétylène et dynamos, plaquage des métaux, "sans oublier linterchangeabilité des composants dune machine à lautre et le montage à la chaîne permettant des productions en série" 1 : autant de transferts technologiques opérés par les fabricants de cycles au début du XXe siècle, qui assignent clairement à la bicyclette un rôle de pivot déterminant. Comme les automobiles, les premiers aéroplanes comportent de nombreuses pièces de bicyclette et sont mis au point et financés par des fabricants de cycles. Le monde du vélo lègue par ailleurs à lindustrie automobile naissante un excellent réseau de distribution et des stratégies de ventes efficaces, fondées sur la pratique dune obsolescence programmée des machines. Enfin, cest grâce aux pressions exercées par les associations cyclistes que sest amélioré létat des routes condition nécessaire au succès de lautomobile. Dans cette perspective progressiste, la bicyclette apparaît en revanche comme un objet technique peu évolutif. Quil sagisse de lentraînement par chaîne, plateau et pignon, du pneumatique, des freins à disques ou du dérailleur, tous les éléments qui la caractérisent sont en effet brevetés dès avant 1900. Hormis quelques perfectionnements dans le freinage, la vitesse, la légèreté ou la solidité, les progrès accomplis par la suite concernent surtout la rationalisation de sa production et affectent peu la structure même de lobjet contrairement à lautomobile et lavion, qui se transforment au fur et à mesure quévoluent leurs modes de construction. Pourtant, la bicyclette nignore pas les nouvelles technologies. Dès les années 1930, la forme des vélos sinspire des motocyclettes, des voitures et des Zeppelins, sous linfluence des recherches en aérodynamique (modèle Steamline Aerostyle de Schwinn). Dans les années 1990, apparaissent sur les pistes des vélos "futuristes", dotés de cadres en alliage de carbone, titane et fibre de verre, venus tout droit de la recherche spatiale. On a même mis sur le marché des machines équipées de changements de vitesse à indexation électronique, et tous les vélos sont aujourdhui conçus et dessinés sur ordinateur. Mais, quelle intègre ou non des technologies de pointe, la bicyclette ne se défait pas dune croyance dans sa simplicité technique. Cest sans doute pour préserver les conditions de cette croyance quaprès le record effectué par Graham Obree en 1994 avec une machine inutilisable sur route, lUnion Cycliste Internationale a interdit expressément lusage de bicyclettes conçues pour une performance particulière : "les bicyclettes doivent être dun type qui est ou qui peut être commercialisé pour leur utilisation par lensemble des pratiquants du sport cycliste" 2. |
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| Cliquets, cycles, effet-vélo | ||||||||||||
| De même
quon ne peut réduire la photographie à du cinéma
auquel il ne manquerait que le mouvement, la bicyclette nest ni une
voiture, ni même une motocyclette auxquelles il ne manquerait que
le moteur. Ou plutôt, cest dans ces défauts mêmes
que lune et lautre trouvent leur raison dêtre et
de survivre. Machine archaïque au milieu dun environnement high
tech, la bicyclette ne résiste pas seulement à une lecture
progressiste de nos machines : elle interdit surtout denvisager les
rapports entre culture et technique sous la forme dune dichotomie. Car on pourrait presque douter que la bicyclette appartient au monde technique, tant elle échappe à cette temporalité soumise au progrès cumulatif, aux convergences et aux cliquets dirréversibilité. "Après le chemin de fer, aucun transporteur nutilisera la diligence [ ]. Picasso peut en revanche recycler"lart nègre [ ]. Dans lhistoire des formes, des normes et des valeurs, la notion de seuil dirréversibilité manque de pertinence" 3. Si le dispositif technique est celui qui porte un non-retour, là où le culturel autorise toutes les renaissances, le vélo serait donc plus un fait de culture quun maillon de la chaîne technologique. Ne le voit-on pas régulièrement se recycler dans de nouvelles pratiques et de nouvelles valeurs sociales, au lieu de seffacer devant nos moyens de transport et de transmission modernes ? Comme si la bicyclette participait davantage à la maintenance dun lien entre les générations quau renforcement dune cohérence et dune compatibilité entre les appareillages dun même système technique. Mais renvoyer dos à dos lart et lartefact serait méconnaître les "effets-jogging" 4 et autres boucles de rétroaction, qui enchevêtrent les temporalités dans le creuset des arts de faire. Toute technique ayant un coût non seulement économique mais aussi social et symbolique, son assimilation nécessite un dédommagement imaginaire ou pragmatique, qui prendra souvent la forme dun progrès rétrograde. Le nouveau médium nefface pas celui quil périme : il le déplace sur la carte des usages, en lui assignant de nouvelles valeurs et en héritant lui-même des adhésions que suscitait son prédécesseur. A mesure que les systèmes techniques évoluent et mettent en péril léquilibre social, les archaïsmes sont ainsi appelés à jouer un rôle toujours plus structurant. Plus que des chaînes de recyclage technique auxquelles se sont intéressés les archéologues, la bicyclette relève de cette négociation, qui nous permet de gérer des temporalités conflictuelles. Contrairement à ces habitations recyclées en abris animaliers puis en dépôts de déchets, ou même à ces poussettes converties en étagère ou en caddie 5, le vélo est en effet toujours utilisé pour se déplacer en pédalant. Si elles relèvent bien dune logique de lusage, les appropriations dont il est lobjet ne sont pas non plus tout à fait comparables aux changements daffectation du phonographe et du Minitel, ou aux détournements de certaines machines à communiquer 6. Car ce nest pas par rapport à son propre mode demploi que la bicyclette se prête à des usages non conformes, mais par rapport au consensus technique et culturel de son environnement. A lère de lautomobile et de la télécommunication, aller en vélo dun point à un autre nest pas utiliser un instrument, mais bien rejeter la fonction instrumentale en tant que telle et revendiquer une autre relation à lobjet. |
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| La petite reine : les dessous dun règne | ||||||||||||
| À lère
du chemin de fer et de la machine à vapeur, la donne est différente.
Technique nouvelle, la bicyclette doit se mouler dans danciennes niches
dusage pour pénétrer les murs, avant de devenir
un enjeu industriel et commercial. Elle commence par sadapter aux
rites aristocratiques traditionnellement liés au sport hippique,
en investissant clubs, spectacles, jeux, promenades
et même
chasses au renard ! Baisse des prix aidant, la bicyclette gagne ensuite
les autres classes sociales, ce qui a pour effet de reporter momentanément
les élites vers la pratique du cheval, avant quelles nadoptent
lautomobile. Dans ce jeu de chaises musicales auquel se livrent les
techniques rivales, la place laissée par chaque moyen de transport
nest jamais vide : quand les élégantes cèdent
leur bicyclette aux femmes du peuple, elles leur lèguent aussi une
part de cette émancipation quelles ont conquise grâce
à la petite reine. Au tournant du siècle, "Tout est bicyclette" 7. Par un remarquable phénomène dorganisation matérialisée, lengouement pour le vélo sest diffusé, structuré et institutionnalisé. Loin du passe-temps acrobatique et quelque peu "débraillé" des premiers velocemen, le cyclisme est désormais réglementé, constitué en société (lUnion vélocipédique de France), relayé dans tous les corps de métiers par les associations (comme la Société des cyclistes coiffeurs parfumeurs), et légitimé par lÉtat, qui lintroduit dans les Postes et dans larmée. Par lintermédiaire de ces corps conducteurs, la bicyclette contribue alors à lémergence de nouvelles forces sociales, tant sur le plan économique que politique. En Allemagne, des ouvriers spécialisés créent en 1896 la Fédération cycliste des travailleurs, qui organise des défilés au cours desquels sont diffusés des tracts. En 1913, elle compte 150 000 adhérents et possède une chaîne de magasins, une usine de fabrication et un journal 8. Par son dynamisme, lindustrie du cycle entraîne la reconversion de nombreux métiers dans toute lEurope et favorise lessor dactivités annexes (fabrique de pneumatiques, vente de vêtements, garçons de courses ). Promue engin utilitaire, après avoir été gadget de luxe, et avant dêtre associée aux loisirs nouvellement conquis grâce aux congés payés, la bicyclette simpose comme un vecteur didentification sociale. Mais quon ne sy trompe pas : sil suscite déjà un imaginaire de liberté, dindividualisme ou même danarchisme, lobjet technique nen est pas moins, à cette étape, un opérateur de norme : "toute lhumanité semble être montée sur roues, au point que celui qui na que ses jambes se sent étranger" 9. Signe et moteur dappartenance, la bicyclette est alors lexpression même dune société marquée par "le passage dun innovation technologique ponctuelle à une innovation structurelle systématique" 10, au même titre que lautomobile. Jusque dans les années 1960, lachat dun vélo sera considéré comme une première étape vers lacquisition dengins motorisés, eux-mêmes indices dascension sociale. Cest avec lapparition des mouvements de défense de lenvironnement que lusage de la bicyclette commence à se recycler, pour désigner bientôt une forme dopposition aux puissantes industries de lautomobile et du pétrole. Relancée par le premier choc pétrolier de 1973 et par la montée de lécologie, la pratique du vélo continue de se développer tout en passant du côté des contre-pouvoirs et des comportements non normatifs. Face à une expansion mal maîtrisée de lurbanisme et du parc automobile, la pérennité de la bicyclette témoigne alors dune certaine philosophie de lénergie, qui cherche à résister avec ou sans laide des institutions. Si aux Pays-Bas et au Danemark, les gouvernements équipent rapidement le réseau routier de pistes cyclables, civisme et cyclisme préfèrent signorer en France ou au Japon, où les sociétés de chemin de fer exigent par exemple des voyageurs qui souhaitent transporter un vélo un supplément très dissuasif, et plus encore aux Etats-Unis, où la voiture est reine. Mais là où le pouvoir politique choisit dautres formes de modernité, les mass-médias parient sur le culte du corps en accordant au sport cycliste une place et une audience croissantes. Vers 1975, la commercialisation des modèles de course sélargit au grand public, qui cherche un statut socio-sportif à travers des griffes prestigieuses ou des innovations technologiques. Au même moment, le Bicross venu de Californie gagne le marché européen, renouant avec des pratiques casse-cou qui ouvrent la voie au VTT. Rapidement adopté et détourné par les jeunes citadins, ce vélo initialement conçu pour le tout-terrain devient un indice et un indicateur de lévolution de notre urbanisme. Sillonnées par les VTT, villes et banlieues ne sont plus des théâtres durbanité, mais des territoires hostiles et décentrés, où chacun doit conquérir sa trajectoire sur le lieu de lautre. Ici, lobjet technique fait sens, comme une rature ou un graffiti sur la loi du plus fort. Que le VTT soit un effet de mode et touche tous les milieux (au point de représenter 75% des trois millions de cycles vendus en France chaque année) ninvalide pas cette dimension. Lampleur du phénomène montre au contraire que la bicyclette nest pas seulement le porte-parole des jeunes banlieusards, des écologistes ou des opposants au lobby automobile, mais une machine à résister au temps technique.. |
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| Une machine à freiner | ||||||||||||
| Comme son nom lindique,
le vélocipède a gagné sa première notoriété
parce quil symbolisait cette vitesse que le XXe siècle allait
promouvoir au point den bouleverser toute relativité, pour
atteindre labsolu du temps-lumière. Aujourdhui, la bicyclette
se retrouve au bas de cette nouvelle échelle des temps au
sommet de laquelle trônent le direct télévisuel et le
temps réel informatique. Au gré des lois paradoxales de la
rétroaction, sa portée médiologique sinverse
alors en opérateur de ralentissement : le vélo devient un
art de lanti-moteur, une poiétique du dérailleur. Car
si "lon na pas le choix de revenir en arrière, non
plus que de repousser sans frais le nouvel outil" 11,
on peut en revanche inventer des tactiques de réappropriation, qui
sont autant de "thérapeutiques de socialités détériorées"
12. Lusage moderne du vélo relève
de cette "créativité quotidienne", qui répond
aux stratégies de lorganisation technique par des "techniques
de réemploi" 13. Braconnage dans
le lieu de lautre celui des moyens de transport et de transmission
rapides lénonciation cycliste réécrit
la ville et la durée par ses chemins de traverse, ses infractions
aux codes de la circulation et de linformation, ses ruses pour doubler
les voitures embouteillées ou pour prendre le temps de regarder.
Cette capacité dexercer une logique propre, dans lespace même où le lieu propre vient à manquer, ne conjure pas limpact des stratégies visant à linscription de modèles technologiques dans le territoire social, depuis linstitution jusquà lentreprise ou lhabitation privées. "Loffre technologique et les usagers se trouvent dans un champ conflictuel" 14, et les arts de faire nimpliquent pas que les tendances techniques seraient sans effet parce que lusager saurait toujours faire avec. Car les tactiques dappropriation relèvent dun processus de production non cumulatif, tandis que les rationalités économiques, politiques, industrielles et scientifiques sont dabord des machines à laisser des traces. Sans pouvoir affecter directement le système, les tactiques deffet-jogging ou deffet-vélo ne restent pas pour autant confinées dans les marges. Outre quelles contribuent à léquilibre des forces par un facteur dinertie, le travail de négociation quelles exercent peut en effet conduire à lémergence de nouvelles normes et participer ainsi à lorganisation de la cité. La modification progressive de lespace urbain sous la pression des associations de cyclistes, les stratégies de ventes des concessionnaires automobiles qui offrent un vélo pour lachat dune voiture (!), ou limportance croissante du commerce et de lindustrie liés au VTT, témoignent de ce recentrage dune pratique et dun objet technique qui ne se laissent pas marginaliser. Paul Virilio a raison daffirmer que "la vitesse est un milieu qui est provoqué par le véhicule" et quelle est "le pouvoir même", parce que "le pouvoir est toujours le pouvoir de contrôler un territoire par des messages, des moyens de transport et de transmission" 15. Mais, si la machine à vapeur, le chemin de fer, lautomobile et les réseaux électroniques ont bien révolutionné nos repères chronopolitiques, on aurait tort den conclure à une homogénéité de lespace-temps. La pérennité de la bicyclette montre au contraire que les objets techniques ne relèvent pas tous du même régime temporel, et que cette superposition de temporalités contribue à lauto-régulation des systèmes techniques eux-mêmes. Enchevêtrement et sédimentation des médiasphères : cest avec de la technologie quon négocie la technologie. |
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| Corps, machine et mémoire | ||||||||||||
| Pourquoi la bicyclette
se prête-t-elle à cet usage tactique mieux que tout autre objet
technique ? Parce quavant dêtre une machine, elle est
une prothèse qui prolonge le corps sans le remplacer. Son principe
damplification de lénergie ne relève ni dune
délégation, ni dune programmation : sans cycliste, la
bicyclette ne fonctionne pas, et sa conception ne saurait avoir dautre
étalon que le corps humain (sa taille, sa force, son poids, son âge,
son sexe
). Le vélo ignore ainsi lindifférenciation,
la miniaturisation et la digitalisation, qui caractérisent la menace
que les nouvelles technologies font peser sur notre intégrité.
Dans un espace-temps de plus en plus soumis aux courts-circuits de la télécommunication,
la bicyclette rétablit du continuum. Distances, dénivellations,
conditions atmosphériques, état du sol, rythme cardiaque
en vélo, on éprouve physiquement cette résistance de
lair, du corps et du temps, dont nous prive le régime de connexions
immédiates qui tend à modéliser notre rapport au monde.
Mariant la technologie au mystère de léquilibre, la
bicyclette est une machine à faire contrepoids au temps de lélectron,
un outil pour réinventer de la stabilité là où
lespace tangible se dérobe. Mais si la bicyclette est un objet phatique 16, cest peut-être plus encore parce que sa pratique entretient le contact avec nous-mêmes. Instrument auto-relationnel, elle suppose un couplage de lhomme avec la machine qui relève moins dun apprentisage que dun accomodement ajusté pendant lenfance à peu près à lâge où lon apprend à lire et à écrire ou, aujourdhui, à utiliser un ordinateur Comme tout savoir-faire acquis avant lâge adulte, son usage sappuie donc sur une connaissance technique irrationnelle, "sensorielle et qualitative, très près des caractères concrets de la matière" 17. Il relève de cette mémoire procédurale où sont ancrées nos exprériences perceptives et motrices, nos modes opératoires et nos habiletés. Source dautomatismes, cette activité mémorielle ne se délègue pas, et résiste davantage à loubli que la mémoire déclarative 18. Elle sinscrit dans des gestes et progresse à partir dindices individualisés, loin des prescriptions dusage et des règles fonctionnelles. Surtout, elle donne à lindividu un "pouvoir dintuition et de connivence avec le monde" 19 : faire du vélo, ce nest pas appliquer un mode demploi pour se servir dune machine, cest faire communiquer le dehors et le dedans par la médiation dune mémoire incorporée. Technique de mise en relation et machine à décélérer, le vélo nest pas un objet pittoresque ou nostalgique. Parce quelle en conteste lillusoire homogénéité, tout en nous aidant à en négocier les tournants, la bicyclette est au cur de notre système socio-technique. Ni aboli, ni bibelot : nécessité médiologique. |
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Louise Merzeau
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| NOTES | ||||||||||||
|
1 Pryor Dodge, La Grande histoire du vélo, Flammarion,
1996, p.152. 17 Gilbert Simondon, Op. cit. |
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© Louise Merzeau
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