| Autour de "Codex" (2005-2008) | ||||||||||||||
Montages numériques réalisés à partir de cahiers d'écoliers, de photographies originales et de cartes d'Internet |
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| Une nouvelle enfance de l’image, par Louise Merzeau | ||||||||||||||
| Mise
en réseau, la mémoire relève
désormais d’une dynamique, où l’héritage
est mis à jour et recyclé. Par la connexion des
données,
chaque trace pointe vers une autre région de la mémoire
et l’archive devient moteur de recherche. D’un
côté, le support et symbole d’un apprentissage passant
essentiellement par la langue et l’écrit ; de l’autre,
ce qui en serait le plus éloigné : le corps, le mouvement,
le réseau. Si les leçons de choses ou de morale qu'on voit dans ces cahiers témoignent d’un temps révolu, il n’est donc pas question de cultiver ici une quelconque nostalgie. L’objectif est ayu contrairede libérer la photographie de l' « emphase déchirante du ça-a-été » à laquelle Roland Barthes l’avait assignée. Passer du « futur antérieur dont la mort est l'enjeu » à la virtualité de ce qui n'a pas encore eu lieu… Tel est le déplacement par lequel le numérique pourrait ouvrir l’image sur un temps qui se feuillette en avant. Montrer non le mouvement, mais l’élan d’une imminence, non « l’instant décisif » mais l’algorithme des variables, non l’événement, mais l’espacement des possibles. Les cartes d’Internet sont là pour suggérer comment le numérique est en mesure d’introduire de nouvelles ressources imageantes, qui restent encore à explorer. Longtemps considérée comme défiant toute représentation, la circulation des données sur les réseaux fait désormais l’objet de cartographies, où se donne à voir ce que nul objectif photographique ne saurait saisir. Rythme et débits des flux, amplitude des parcours, densité des connexions… Entre imaginaire et information, des traces s’inscrivent et des territoires se dessinent, qui n’ont pas moins de réalité que l’espace de la page ou des cours de récréation. Réconcilier le temps du papier avec celui de la rue et de l’écran, pour mieux recomposer ce que la violence sociale tend à démembrer. Telle est la promesse qu’il faut tenir, en réitérant la croyance dans notre capacité à ajuster nos dispositifs et nos désirs. C’est-à-dire inventer une nouvelle enfance de l’image… Louise Merzeau |
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| Codex, par Régis Debray | ||||||||||||||
Pour joindre l’acte à la parole médiologique, la monstration à la prédication, il faut plus que du talent, il faut de l’audace. Louise Merzeau ne manque ni de l’un ni de l’autre. Elle s’implique comme artiste, dans ce qu’elle explique théoriquement, par concepts. Écrivain et photographe, graphiste et imagière, elle a l’hybridité heureuse et radicale. L’hypersphère, elle nage dedans, elle vit avec, elle en fait un exercice visuel et quotidien. Ses montages ne sont pas les illustrations a posteriori d’une thèse d’université ou la transposition sur écran d’une idée du monde : ce sont les symptômes d’un travail en cours, celui du monde d’aujourd’hui, tel qu’il se fabrique, se visionne et se vit en chacun de nous sur et par l’écran. À savoir une nouvelle organisation de l’espace et du temps. Beau et dangereux décloisonnement où, pour s’en tenir aux dernières nouvelles, un alim de Hadramout au Yemen peut, en trois minutes et deux clics, semer la consternation à Paris, France ; où l’on peut aimer à la fois Bob Marley et Jésus-Christ, ou bien mettre son muezin sur i-pod, pour enfanter cette chimère : la mondialisation tribale, ou la post-modernité archaïque. Nos standards de sensibilité les plus courants, en Occident, échappent à la chronologie, comme ceux de la religiosité en Orient, aux États-nations. Et, il n’y a pas là brouillage des pistes ou panachage indu des registres, mais une tranquille et sereine dislocation des références, sans schizophrénie particulière. C’est bel et bien un nouvel équilibre des choses qui s’instaure sous nos yeux, politique, mental, artistique et spirituel. Le virtuel rend tout actuel, en un clin d’œil, à commencer par l’aboli ou l’effacé. Mauvaise nouvelle pour la mélancolie. Bonne nouvelle pour la gaieté de ces instants quasi miraculeux où le ban et l’arrière-ban, le possible et le réel, le révolu et le révolutionnaire, font de concert la farandole. Les
codex numériques ici représentés tournent
le dos au palimpseste d’antan, où une ancienne mémoire
disparaissait sous une nouvelle. L’interconnexion généralisée
juxtapose les deux à la source ou plutôt réveille
ce qui dormait par-dessous : la valse sous le rap. Le cahier d’écolier
accueille le hip-hop, le skateboard glisse sur les pages quadrillées
de l’écolier à blouse grise et les onciales à l’encre
bleue chevauchent les méridiens du réseau Internet.
Tout est allumé. Le temps scintille et le songe est savoir.
La sensation fait sens et l’image saute hors du cadre. La
voilà qui pense par écrit. Régis Debray |
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| Codex, sur France Culture | ||||||||||||||
| Les dossiers de France Culture | ||||||||||||||
Présentation du Mois de la Photo par l'une des délégués artistiques, la commissaire d'expositions, directrice de projets culturels, Laura Serani
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| Les cartes d'internet dont s'inspire Codex | ||||||||||||||
| Les
cartes d'Internet utilisées dans Codex sont pour la plupart extraits de L'Atlas
of Cyberspace de Rob Kitchin et Martin Dodge, paru en 2001. Cet ouvrage est désormais intégralement disponible en ligne sous licence Creative Commons. De nombreuses cartes sont également accessibles ici. |
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| Accéder aux images | ||||||||||||||
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© Louise Merzeau
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