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| "Émulsions" 1995 | ||||||||||||
| Exposition
personnelle INA, Centre de consultation |
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| de l'Inathèque, Paris |
Nu - 1994
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| Au
commencement de toute démarche, c'est la conjonction de deux configurations
- que j'appellerais des infra-images - qui déclenche la mise en úuvre
d'un projet précis. La première consiste en une certaine expérience
sensorielle des corps et des visages, qui demande à être reconstruite
dans et par l'acte photographique. Comme l'écrivait Barthes, cette
sensation « m'emporte selon cette idée que je vais faire quelque
chose avec elle : c'est le frémissement d'un faire futur, quelque
chose comme un appétit, qui ébranle tout le tableau immobile
» du visible. Cette émotion - littéralement ce
qui me met en mouvement - demande à être dégagée
du flux des relations interpersonnelles, pour être resserrée
en une sorte de pellicule qui viendra se déposer sur l'image dont
elle est le désir. Car ce que désigne cette infra-image, c'est
avant tout l'épreuve d'une stupéfiante étrangeté
qui fait écran, comme si ces corps et ces visages que je croyais
connaître se séparaient soudain d'eux-mêmes, découvrant
un insu qui appelle la violence d'un déplacement. Déplacement
hors-contexte et hors-savoir, mise en suspens de tout ce qui assure ou rassure
mon rapport à autrui, regard exorbité par l'oubli. Cet événement perceptif ne pourra déclencher la création d'une image que s'il se conjugue avec un autre stimulus, dont la nature, pour être essentiellement mentale, n'en est pas moins sensible. Sensation lumineuse, énergétique ou tactile, liée à des chaînes associatives, cette deuxième infra-image est floue, sans contour et sans objet, mais pas sans matière. Elle provient souvent du support potentiel de l'image à venir, qui induit sa propre mémoire et ses propres fantasmes. Trame d'un papier ou d'un tissu, degré de transparence ou de contraste d'une substance, profondeur d'un noir ou d'un blanc, granulosité d'un corps ou qualité d'un certain effacement, c'est ici le mode même d'apparition qui s'anticipe avec la force d'un impératif, avant qu'il ne se cristallise sur un objet quelconque. A cette figurabilité sans figure, se mêlent des restes mnésiques d'images, sédiments culturels auxquels un état du continuum existentiel aura conféré, par dépôts, passages et recyclages successifs, un pouvoir symtomal. L'acte photographique prend donc sa source dans la conjonction de ces deux images lacunaires, l'une extraite d'un champ de perception comme amnésique, l'autre revenue des régions semi-conscientes de la mémoire et de l'imaginaire. Nécessaires mais non suffisantes, elles donnent respectivement au travail son point de départ et son point de fuite, ce qu'il devra s'efforcer de circonscrire, pour le fixer et le figurer, mais aussi ce qu'il devra maintenir hors du lieu de l'image, pour défigurer sa fixité. |
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Louise Merzeau
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| [Lire la conférence "Des images photopoiètes", dont est extrait ce texte] | ||||||||||||
| [voir les galeries "Blancs", "Papiers", "Suaires" et "Pietà"] | ||||||||||||
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© Louise Merzeau
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